mardi 21 juin 2016

R comme Res Publica ou le goût de la chose publique


crédit photo :  Jourda-Dardaud

Voici mon arrière-grand-père, Pierre-Joseph Grandioux, qui occupa la fonction de maire de Lormes, dans la Nièvre, de 1911 à 1925, puis de 1935 à 1936, l'année de son décès. Son père avant, lui Joseph -Pierre dit Auguste, avait occupé ce siège de 1894 à 1895, puis de 1896 à 1900.

Cette photo appartient à la mémoire collective de la famille. Elle a longtemps reposé dans un cadre au dessus de la cheminée du salon de la maison qu'il occupait avec sa femme et où se sont côtoyés et se côtoient toujours ses descendants directs, toutes générations confondues.
C'est une photo que l'on connaissait, mais que l'on ne regardait pas vraiment. Je ne sais pas qui l'a prise, mais j'aime ce portrait en noir et blanc, d'un homme à son bureau, remplissant la tâche pour laquelle il a été élu.

Renseignements pris auprès de son petit-fils, cette photo date de la fin de sa vie, entre 1935 et 1936. L'homme n'est pas très âgé, il n'a pas soixante ans. Il est souffrant, les traits tirés. Il porte costume, cravate et gilet : mais sous sa veste au niveau des ses mains, un pull en laine dépasse de ses faux-poignets. Il se protège du froid qu'il doit craindre, plus que de coutume.

On aperçoit sur le bureau le volumineux téléphone, des papiers, un calendrier, un encrier, un vide-poche, une règle... Derrière lui, une carte, probablement du canton, un calendrier de la poste sont accrochés au mur ; il y a aussi  un thermomètre, un porte manteau à plusieurs patères.

Et puis cette affiche d'Aristide Briand, punaisée au mur. Ce portrait comme une inspiration pour un homme qui a combattu lors de la première guerre, et dont le regard tourné vers la lumière est rempli d'inquiétude pour un avenir qui s'annonce à nouveau belliqueux. Inquiétude pour sa petite ville, sa région, sa nation : les élus locaux sont les élus les plus proches de leurs concitoyens, de leurs problèmes quotidiens. Comme nombre de maires en 1914, il a vu les hommes de sa ville partir à la guerre et beaucoup ne pas en revenir, allant mourir jeune, très loin de chez eux. Inquiétude également pour lui et les siens: il se sait malade et il lui reste encore beaucoup de choses à accomplir.

crédit photo : Jourda-Dardaud
Alors il travaille aux affaires de la commune, sous le regard d'Aristide Briand, pacifiste, prix Nobel de la paix qui voulait mettre la guerre "hors-la-loi". La phrase qui figure sous son nom : "tant que je serai où je suis, il n'y aura pas la guerre", sonne comme une promesse vainement tenue : Aristide Briand est décédé en 1932.

La photo de mon arrière-grand-père me renvoie à un autre cliché, illustre celui-ci : le portrait de Martin Luther King, par Henri Cartier-Bresson, où l'on voit un homme au travail, quelque peu écrasé par la masse considérable de choses à accomplir. D'un pacifiste à l'autre.

© Henri Cartier-Bresson





2 commentaires:

  1. J'ai rattrapé le retard que j'avais pris pour vous lire. Cet article
    est magnifique.

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    1. Merci de votre fidélité et pour tous les commentaires que vous avez laissés ; c'est trés gratifiant de se savoir lu et suivi !Voila qui donne du baume au coeur pour les dernières lettres ...

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