La blogueuse

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Confidences et réflexions d'une généalogiste passionnée par l'histoire des individus, de leur famille et de leur époque

lundi 10 février 2014

Quatrième bougie

Il y a quelques jours, le généalogiste professionnel Stéphane Cosson publiait dans son blog un billet dans lequel il racontait la difficulté aux yeux de nombreuses personnes de considérer le métier de généalogiste comme une activité professionnelle à part entière. Il y a quelques mois, lors du challenge AZ, j'avais déjà évoqué ma conception du métier de généalogiste dans ce billet. Mais, à la lecture des blogs et des revues de toute la sphère généalogique, me revient sans cesse à l'esprit la question suivante : pourquoi faire appel à un généalogiste professionnel ?

En ce mois de février, Mémoire vive - études généalogiques et familiales fête sa quatrième année d'existence. A l'origine de cette création, un sentiment profond que la généalogie n'était pas simplement une question d'arbres et d'ancêtres. Les histoires et les souvenirs de famille tiennent une place prépondérante au sein de nos existences : elles nous façonnent, elles nous inspirent. Il ne se passe pas une semaine sans qu'un livre et/ou un film, une pièce de théâtre ne sortent, ayant pour thème les rapports familiaux, se déclinant ensuite selon différentes combinaisons : père-fils, mère-fille, grand-père-petit-fils/fille, fratrie... Dans ces œuvres, on traite du questionnement sur les origines, sur les racines et des conséquences sur le présent. On tente de percer le silence assourdissant des secrets famille. On décrypte le passé pour mieux comprendre le présent. Il est question de transmission, d'héritage, de prise de conscience d'appartenir à une entité première, ou au contraire de la souffrance d'en être exclu. Il y a là, à travers ces sujets, un terreau magnifique et inépuisable d'histoires, plus ou moins autobiographiques, plus ou moins inspirées ou librement adaptées de faits réels. 

Voilà pourquoi j'avais envie de travailler non seulement sur la découverte des ancêtres, mais aussi sur la transmission des histoires et des souvenirs de famille, en faisant sortir des boites et tiroirs les photos, les papiers, les lettres, pour leur offrir de nouveaux supports, pour les commenter et les faire commenter.


Page d'accueil de la première version du site Internet de Mémoire vive

Me voilà confortée dans mon idée puisqu'il semble que ce constat soit partagé par les grands acteurs et promoteurs de la généalogie mondiale réunis la semaine dernière en congrès à Salt Lake City, dans l'Utah, capitale des Mormons. Les envoyés spéciaux de la Revue française de Généalogie reprenait sur leur site Internet la déclaration de David E. Rencher, Chief Genealogy Officer de FamilySearch :  "Nous ne pouvons plus nous contenter de listes ennuyeuses faites de noms, de dates et de lieux. Pour attirer de nouveaux publics, la généalogie doit s'ouvrir plus aux histoires de famille et à l'iconographie. Cette évolution passe par l'utilisation du multimédia, et RootsTech est le lieu de rencontre et d'échange pour cela." 

Une fois le constat établi se pose la question de savoir pourquoi confier ce travail à un tiers, à savoir un généalogiste professionnel, quand avec un guide et quelques conseils trouvés sur Internet, on peut lancer ses premières recherches. On peut aussi trier ses propres archives, numériser et annoter ses photos et documents, les ordonner et même en faire des albums. On peut enfin écrire soi même ses mémoires où l'histoire de sa propre famille. Tout cela est passionnant à faire, et avec du temps et une bonne motivation on y parvient. C'est comme le bricolage : on peut le faire soi-même et certaines personnes sont extrêmement douées, informées et n'ont rien à envier aux personnes dont c'est le métier : cela demande du temps, de l'énergie, de l'investissement.On peut y passer ses fins de semaines, son temps libre, ses vacances. On peut le faire en famille, ou pas. C'est une question d'envie, de moyens, de passion.


Mais parfois, pour certaines personnes, c'est plus compliqué. Il leur manque le temps, elles ne savent pas très bien comment s'y prendre. Cela peut leur apparaître infaisable. Parfois encore, leur passé familial est tellement difficile, douloureux, ou tellement inconnu qu'elles ne savent par où commencer. Elles ont besoin d'être guidées, accompagnées dans la révélation de leur histoire et dans celle de leurs ancêtres. On rapporte des faits, retranscrits sur des actes. On donne des indications géographiques, historiques, sociologiques. Mais c'est à la personne ensuite de s'approprier ces découvertes et de les habiller de ses souvenirs, même partiels, de ses sentiments. 

Nous sommes des passeurs d'histoire, nous aidons à mettre en forme les souvenirs en les rendant visibles, dicibles et audibles à ceux qui vont les recevoir. Et oui, c'est un métier, une activité professionnelle, faite de contraintes, d'obligations, de stress parfois. On ne peut pas laisser tomber une recherche sous prétexte qu'elle présente moins d'intérêt que d'autres. Oui, parfois c'est difficile et parfois ingrat. Comme tout travail purement intellectuel, il est difficile de le faire apprécier à sa juste valeur au regard d'un résultat qui peut sembler modeste. Heureusement que la passion de la recherche, des histoires des personnes, des individus dans leur époque, nous anime et qu'à défaut de s'enrichir financièrement, on ressort riche de rencontres, de voyages immobiles dans des contrées inconnues. 



Loin de moi l'idée de faire de ce blog un argumentaire de vente ou d'auto-promotion, mais j'avais envie le temps d'un billet de partager mon expérience de travailleur de la mémoire, comme j'aime définir cette activité. Quatre années ont été nécessaires pour trouver ma place au sein d'une matière qui apparait aux yeux du plus grand nombre comme un hobby. Difficile en effet de trouver en tant que généalogiste professionnelle sa position, quelque part entre les biographes familiaux, les généalogistes amateurs éclairés, les cercles de généalogie, les sites de partage en ligne. Difficile de trouver le ton juste sur un blog qui relate mes recherches personnelles, tiraillée entre l'envie de mettre en avant d'autres généalogies que la mienne, et la discrétion pour ne pas dire la confidentialité que je dois aux personnes pour qui je travaille.

Faire appel à un professionnel de la généalogie, c'est avant tout une histoire de confiance, c'est accepter de mettre en les mains d'une tierce personne une partie de son histoire familiale, c'est lui confier ses ancêtres, leurs secrets. Mais c'est aussi se décharger du fardeau parfois pesant de ces histoires sur quelqu'un d'extérieur, qui ne se posera pas en juge et mettra à disposition sa capacité d'écoute et de raisonnement, ses méthodes de recherches, son infinie patience.