La blogueuse

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Confidences et réflexions d'une généalogiste passionnée par l'histoire des individus, de leur famille et de leur époque

lundi 30 janvier 2012

Les dragons de mon arbre

Avec le nouvel an chinois, nous venons d'entrer dans l'année du dragon. Comme tous les signes de l'astrologie chinoise, le dragon revient une fois tous les 12 ans. Animal mythique, symbole de l'empereur en Chine, il incarne la force, le dynamisme, le faste et le rayonnement. 

L'astrologie chinoise décrit les natifs du dragon comme des personnes ambitieuses, débordantes d'énergie, ayant besoin de défis à relever. Elles bénéficient d'une grande confiance en elles et sont en amour irrésistibles... Ce sont de créateurs et leurs projets sont toujours d'une grande envergure.

Je me suis demandée quels étaient les dragons de mon arbre et si les traits de caractère décrits pouvaient s'appliquer à ceux qui dans mes branches, proches ou non, étaient nés sous se signe.

© Anne Dardaud

A première vue, il n'y a pas énormément de natifs du dragon : un filleul né en 2000, une cousine née en 1976, une belle-soeur née en 1964, un oncle en 1940. Plus loin, je trouve une arrière-grand-mère, née en 1880, et une autre aïeule, en ligne directe, née en 1808. 

© Anne Dardaud

Parmi les ancêtres les plus éloignés, il en est qui ne sont qu'un nom avec une date de naissance au milieu d'un arbre. Même si sans leur existence nous ne serions pas là, il est parfois difficile de les envisager.  Leur histoire nous échappe et on ne parvient pas à s'identifier à eux. Il est alors amusant d'essayer de leur redonner corps en les dotant de traits de caractère propre à leur signe astrologique, et personnellement, les signes chinois me parlent d'avantage que les signes occidentaux. Le fait d'avoir grandi dans le 13ème arrondissement de Paris, en plein Chinatown, n'y est certainement pas étranger...

J'aime imaginer mes aïeules dragon comme des femmes "irrésistibles en amour", femmes déterminées, sûres de leurs décisions et de leur destin. J'aime les voir s'incarner, et quand aucune image n'est parvenue jusqu'à nous, tous les moyens sont bons pour y parvenir. L'arbre m’apparaît alors beaucoup plus vivant, propre à célébrer chaque existence.

Le nouvel an chinois est aussi le moment de réunions familiales autour de grandes tablées, ou chaque membre de la famille, présent ou absent a sa place. Il est une croyance qui en tant que généalogiste me touche beaucoup : l'installation de l'autel des ancêtres, qui est en principe présent dans chaque foyer, devant lequel on fait des offrandes de nourriture et sur lequel brûle de l'encens. J'y vois la garantie d'une certaine forme d'immortalité, une assurance contre l'oubli. Très différent de notre Toussaint, où l'on "visite les morts" en fleurissant les tombes, là on les invite à partager avec les vivants un moment de réjouissance. Toute la famille est réunie, toutes générations confondues.

© Kow Chomarat

La tradition veut également que les vivants "envoient" de l'argent à leurs ancêtres ; c'est une marque de respect et de gratitude, une reconnaissance de tout le travail qu'ils ont accompli de leur vivant, et des richesses qu'ils ont produites. C'est aussi une demande de bénédiction et de protection pour toute la famille. Pour cela, ils brûlent des fac-similés de billets, des lingots en papier doré.

© Kow Chomarat

Les ancêtres dans l'immatérialité d'un au delà, ont besoin de la matérialité des vivants : nourriture, argent. Cela les ancre dans un présent bien réel aux contingences matérielles.
Mais cela nous rappelle également, que nous ne sommes que de passage, et que nous ne sommes que les simples maillons d'une chaîne familiale.

samedi 14 janvier 2012

La généalogie de Sherlock Holmes

Je suis une fan de Sherlock Holmes, je l'avoue. C'est l'un des personnages de la littérature anglaise qui m'a longtemps fasciné et continue encore, tant par ses prodigieux dons de déduction que par sa complexité intérieure. De plus, le Londres victorien, où se côtoient grandeur et misère comme théâtre de ses aventures, est en adéquation parfaite avec le paysage mental du grand détective.



Alors que va sortir le 25 janvier prochain le deuxième film de Guy Ritchie, très librement adapté des oeuvres de Conan Doyle, j'ai eu envie de revenir aux origines et me suis replongée durant les fêtes dans l'oeuvre de Sir Arthur. Mais pas seulement. La vie de Sherlock Holmes est complexe et faite de grandes zones d'ombres. Son fidèle biographe et ami, le Docteur Watson, n'a pu tout relater. Différents auteurs se sont alors engouffrés dans ces béances et se sont appropriés le personnage, lui faisant vivre de nouvelles aventures, s'autorisant des hypothèses et des points de vues pour certains très audacieux.

L'un de ces romans apocryphes s'intéresse à la famille de Sherlock Holmes, et plus particulièrement à ses ancêtres. Jusque là, dans les nouvelles de Conan Doyle, on savait que Holmes avait un frère aîné Mycroft (qui apparaît dans deux enquêtes). On savait également qu'il est le descendant par sa grand-mère, du peintre français Vernet. (L'aventure du traducteur grec). Dans son roman, "La grand'mère de Sherlock Holmes", Jean-Jacques Sirkis, va donner sa version des faits et raconter comment le célèbre détective a découvert ses ancêtres français.



Joseph Vernet par Elisabeth Louise Vigée Lebrun
Musée du Louvre



















L'entrée du port de Marseille - 1754
Musée du Louvre

Le roman décrit un Sherlock Holmes ignorant ses origines familiales ; second de la fratrie, sa mère décède en le mettant au monde ; le père disparaît à son tour quelques années après, sans n'avoir jamais rien révélé de son histoire familiale. Selon son frère Mycroft : "(...) si Sherlock se plaît à mettre à jour les secrets d'autrui, c'est parce qu'une chape de plomb est posée sur l'histoire des nôtres.".

Secret de famille ? Le père laisse néanmoins à l'avoué en charge des affaires des deux frères, un médaillon avec le portrait de la grand-mère, sans aucune indication de date et de lieu, juste avec les initiales du miniaturiste. Ce sera le point de départ de l'une des affaires les plus difficiles qu'il ait eu à mener.

Véritable enquête généalogique, le livre est passionnant et offre une vision des recherches généalogiques des plus réjouissante.  Mais au delà de l'histoire, il présente surtout un personnage qui est habité d'une demande, d'une quête personnelle, qu'il avait jusque là enfouie et qui à l'occasion du 35ème anniversaire de la disparition de sa mère, devient une urgence.

La quête de ses origines peut apparaître chez certaines personnes à un moment précis de leur vie, à l'occasion d'un évènement particulier, un anniversaire, une célébration. Elle correspond généralement à un questionnement plus profond, plus personnel. C'est alors une véritable enquête que l'on mène, ayant parfois peu d'éléments au départ. On traque les indices comme autant de clés potentielles qui ouvriront les portes de la connaissance et de la vérité. On remonte chaque piste, on émet des hypothèses, on fait des déductions. On se heurte à des refus, on tente de les contourner. Il arrive que l'on se décourage, mais on abandonne rarement. On apprend la patience et la persévérance. Chaque découverte est une victoire, apportant un nouvel élément qui comme un morceau de puzzle prend place dans une fresque historique.

Armés de nos loupes, les généalogistes que nous sommes, avons en commun avec Sherlock Holmes la quête de la vérité mais également le goût de la légende.
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Bibliographie non exhaustive

Toute l'oeuvre de Conan Doyle, écrivain également complexe et qui devient un personnage de fiction, notamment dans le terrifiant "La liste des sept" de Mark Frost et dans le non moins inquiétant "Nevermore" de William Hjortsberg.




Romans apocryphes 
Jean-Jacques Sirkis est le premier à établir la généalogie de la famille Holmes. Dans son ouvrage, les histoires se déroulent dans un ordre chronologique et met le détective en présence de Jack l'Eventreur, de Sarah Bernhard, avant de s'interroger sur ses origines.


Dans "La solution à 7%", Holmes va faire la connaissance de Sigmund Freud.Quant à Michael Dibdin, il propose dans l'ultime défi de Sherlock Holmes, une version tout à fait inédite et terrifiante du cas de Jack L'Eventreur.



Spécialiste du détective anglais, Alexis Lecaye poursuit par deux fois ses aventures en le présentant à deux illustres personnes dans " Einstein et Sherlock Holmes" et dans "Marx et Sherlock Holmes"


Ces deux auteurs présentent la particularité de faire voyager Holmes, loin de ses terres européennes, en lui faisant découvrir l'Inde dans "Le mandala de Sherlock Holmes" et le Brésil, en compagnie de Sarah Bernhard dans "Elémentaire ma chère Sarah  (le titre français n'est pas des plus heureux, à mon sens...)




Enfin, mais non pas le moindre, René Réouven offre dans son recueil "Les passe-temps de Sherlock Holmes" de nouvelles aventures à son détective préféré.

Guide
Le très complet (peut être réédité) "Enquête sur Sherlock Holmes" de Bernard Oudin ; mine d'or pour les amateurs.


Site Internet 

Société Sherlock Holmes de France
http://www.sshf.com/


Filmographie

Il existe une filmographie importante, certains films étant des adaptations fidèles des nouvelles de Conan Doyle, d'autres des adaptations beaucoup plus libres, et d'autres encore des scénarii originaux. C'est le cas pour l'un de mes préférés : "La vie privée de Sherlock Holmes" de Billy Wilder avec les très beaux décors d'Alexandre Trauner.