La blogueuse

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Confidences et réflexions d'une généalogiste passionnée par l'histoire des individus, de leur famille et de leur époque

mercredi 13 juillet 2016

Un cadeau du passé

Lors du dernier Challenge AZ, j'ai rédigé un billet qui retraçait l'histoire des soeurs Marie et Marguerite, les cousines germaines de ma grand-mère.

Quelques semaines après sa parution, ma tante me disait avoir retrouvé dans ses papiers une partie de la correspondance qu'elle entretenait avec Marie, alors dame âgée et retirée du monde dans une institution catholique en Saône-et-Loire.
Dans l'une de ces missives datée de juin 1979, elle évoque la venue prochaine de ma tante, avant celle de mes parents, qu'elle désigne sous le nom des "Philippe" (prénom de mon père). Elle profitera de sa visite pour lui confier à mon intention "la petite Anne Elisabeth" son chapelet.


Ma tante est effectivement passée la voir en ce début d'été 1979, a bien reçu le présent et puis le temps passant a oublié de me le remettre. Je n'avais pas encore huit ans, et un chapelet n'était pas forcément digne d'intéret pour un enfant de cet âge. Cependant, elle l'avait gardé dans ses affaires.

Puis trente-sept années plus tard, ma tante m'a remis la lettre et ce présent. 


Je ne peux m'empêcher d'y voir un symbole, un cadeau d'outre-tombe de la part de celle qui pendant de longues années a été la gardienne de l'histoire familiale. Elle avait annoté certains faire-part d'anecdotes ou encore de détails plus tragiques. Elle était très croyante et pratiquante, comme pouvait l'être une femme de son époque, élevée dans la religion et demeurée célibataire tout au long de son exsistence. Elle devait y trouver un certain réconfort après le décès prématuré de sa soeur aimée Marguerite, puis la disparition de ses parents. Peut-être aussi le moyen pour elle de donner un sens à toutes ces épreuves. 

Je suis profondément touchée par cet objet, non pas par sa dimension religieuse, me considérant agnostique, mais pour sa valeur affective et symbolique. Elle a du recevoir ce chapelet comme le veut la tradition lors de sa communion solennelle, de la part de ses parrain-marraine. Elle l'a conservé, s'en est servi lors des offices religieux, lors de ses moments de recueillement. Il y a quelque chose de très personnel lié à ses pensées les plus intimes. 

En le recevant aujourd'hui, je reçois aussi sa bénédiction, son approbation quant aux recherches familiales que je mène depuis quelques années maintenant, mais aussi une forme de remerciement pour ne pas l'avoir oubliée, elle, sa soeur et ses parents, cette branche familiale disparue sans descendance directe. Je me sens très honorée.

Photo de Marie (à droite) et sa soeur Marguerite
© Jourda


jeudi 30 juin 2016

Z comme Zarafa

Je termine cette nouvelle édition du Challenge AZ avec celle qui est à l'origine de ma vocation et de ma découverte de la généalogie, la douce et élégante Zarafa.


Mes premières recherches généalogiques se sont portées sur la famille de mon mari, et c'est ainsi que nous avons pu refaire connaissance avec Gabriel Dardaud, frère aîné de l'arrière-grand-père de mes enfants, dont nous connaissions déjà l'existence ainsi que sa grande carrière de journaliste. Il y avait aussi quelques photos anciennes, où il pose avec ses frères. On savait que les parents de ces garçons étaient décédés prématurément (voir le billet F comme Flore ) avant la première guerre et que les enfants avaient été séparés. Voilà le point de départ de nos recherches qui devaient nous emmener loin, dans le temps et l'espace, et notamment sur les rives du Nil.

© Dardaud

Gabriel Dardaud était journaliste et correspondant de guerre, directeur de l’agence France-Presse pour le Moyen-Orient et envoyé permanent pour différents médias de la presse écrite et radiophonique. Il  a exhumé cette histoire des archives de la bibliothèque nationale du Caire où il demeurait. Il entreprit alors de relater cette véritable épopée qui allait mener ce girafeau, baptisé Zarafa, de son Soudan natal où l’animal avait été capturé, jusqu’en France.

Le livre de Gabriel Dardaud  "Une girafe pour le roi" est publié  pour la première fois en 1985. Il a été réédité en 2007, préfacé et annoté par Olivier Lebleu, spécialiste de la girafe, lui même auteur du superbe livre "Les avatars de Zarafa", sur l'incroyable girafomania, que suscita l'arrivée de la première girafe sur le sol français.




Outre la girafe, véritable héroïne de ce récit, Gabriel Dardaud met en scène un roi français, Charles X,  frère de Louis XVI et de  Louis XVIII à qui il vient de succéder ; un pacha, musulman albanais d'origine, Mohammed Ali, vassal du sultan de Constantinople dont il cherche à s'émanciper et à obtenir un jour l'indépendance de l'Egypte ; un diplomate piémontais, Bernardino Drovetti,  représentant de  la France pendant près de 25 ans auprès du Pacha, à qui il va souffler l'idée de ce fabuleux cadeau ; un scientifique éminent et vieillissant en la personne de Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, qui n'hésitera pas à payer de sa personne en allant lui même chercher la girafe à Marseille et en l'accompagnant, à pied, jusqu'à Paris.




On rencontre également un palefrenier avisé, le « Saïs » Hassan, qui va prendre grand soin de ce précieux chargement ; deux jeunes soudanais, Atis et Youssef, également du voyage pour accompagner et aider l'animal à s'acclimater. Un couple d’antilopes et trois vaches, dont le précieux lait permettra de nourrir et de maintenir en bonne santé le jeune animal, complètent ce cortège insolite, placé, le temps de la traversée de la méditerranée, sous la surveillance de militaires de haut rang.

Tous ces protagonistes apportent à ce récit historique une touche de romanesque, sur fond de géopolitique, donnant un instantané des relations internationales et de ses enjeux dans cette première moitié du XIXe siècle. Nous avons là un éclairage inédit d'une période de l'histoire mal connue.

Quant à son auteur, Gabriel Dardaud, Olivier Lebleu retrace dans la préface du livre sa vie et son œuvre et nous décrit, dans ces premières pages, un homme à l'histoire tout aussi passionnante. Grand témoin du siècle dernier, de ses contractions et de ses évolutions, spécialiste du Moyen-Orient où il aura passé la majeure partie de sa vie, nous nous trouvons en présence d'un homme doté d'une personnalité remarquable. La mise en perspective de sa propre confrontation à l'histoire et le récit étonnant qu'il nous offre, donne au livre une dimension particulière, absente de la première édition.

Une rencontre avec une girafe et un homme, tous deux aux destins hors du commun, voici une première recherche qui plaçait ma carrière débutante sous les meilleurs auspices...



mardi 28 juin 2016

X comme XIIIe arrondissement

La mairie du XIIIe arrondissement de Paris, située Place d'Italie est pour moi un lieu
important : les actes de naissance de mes enfants se trouvent à l'état civil, ainsi que l'acte de décès de mon père. Avis aux générations futures de généalogistes qui se pencheront sur l'étude de notre famille, la mairie du XIIIe est une bonne adresse.

Il y a quelques temps maintenant, à l'occasion du mariage d'un couple d'amis, j'ai découvert l'expression "mariés à la mairie du XIIIème. Voila qui avait de quoi intriguer la généalogiste que je suis mais également l'habitante de cet arrondissement parisien.


Cette expression remonte à l'époque où Paris ne comptait que douze arrondissements. Elle se disait des couples qui justement n'étaient pas mariés et qui vivaient en concubinage, ce qui était plutôt mal vu des âmes bien-pensantes et des honnêtes gens. Autres temps, autres mœurs, et à chaque époque ses débats, ses clivages et sa conception du couple.



C'est par la loi du 16 juin 1859, sous l'impulsion du baron Haussmann, que Paris va s'agrandir et intégrer non seulement des nouveaux quartiers, mais aussi annexer des communes (Grenelle - Vaugirard - Bercy - Charonne - Belleville - La Villette - La Chapelle - Montmartre - Les Batignolles - Passy et Auteuil).

Dessin Louis Bony

Dans un premier temps, dans le projet haussmannien , la mairie du treizième arrondissement devait se situer dans l'actuel seizième arrondissement, formé par les anciennes communes de Passy et Auteuil.

Mais en raison de cette "mauvaise" réputation, peut-être aussi par superstition - le 13 n'est-il pas en France censé porter malheur ? - de nombreuses personnes influentes ont refusé l’installation de la mairie du XIIIe arrondissement à cet endroit.

Ainsi fut créé le système de numération en escargot qui est toujours en vigueur à Paris : les quartiers bourgeois de l'ouest parisien bénéficiant d'une numérotation moins connotée, laissant le nombre 13 et ses significations aux quartiers plutôt défavorisés du sud de la capitale.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5523577z

L'expression est désormais tombée en désuétude, mais elle reflète bien une réalité à la fois sociétale et géographique, qui fait le sel des recherches généalogiques.