La blogueuse

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Confidences et réflexions d'une généalogiste passionnée par l'histoire des individus, de leur famille et de leur époque

mercredi 25 février 2015

Sherlock encore et toujours !

J'avais envie après avoir lu cette brève sur le site de L'obs qui annonce qu'un écossais de 80 ans aurait trouvé dans son grenier une nouvelle inédite de Sherlock Holmes, de remettre en avant ce billet publié en janvier 2012 sur la généalogie du célèbre détective.

Je voulais aussi mentionner l'excellent travail biographique réalisé par André-François Ruaud et Xavier Méjean dans cet ouvrage "Sherlock Holmes, une vie" paru en 2011 aux "Moutons électriques". L'idée de traiter un personnage de roman comme personne réelle est tout simplement brillante. En tant que biographe familiale, je ne peux qu'être admirative du travail de recherches, de documentation, poussé et étendu non seulement à l'oeuvre initiale mais également à tous les récits apocryphes, sur tous les supports.
C'est intelligent, extrêmement complet, un peu désordonné parfois, mais vraiment passionnant pour les amateurs du personnage et des biographies.


Sherlock Holmes, une vie
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Je suis une fan de Sherlock Holmes, je l'avoue. C'est l'un des personnages de la littérature anglaise qui m'a longtemps fascinée et continue encore, tant par ses prodigieux dons de déduction que par sa complexité intérieure. De plus, le Londres victorien, où se côtoient grandeur et misère comme théâtre de ses aventures, est en adéquation parfaite avec le paysage mental du grand détective.



Alors que va sortir le 25 janvier prochain le deuxième film de Guy Ritchie, très librement adapté des oeuvres de Conan Doyle, j'ai eu envie de revenir aux origines et me suis replongée durant les fêtes dans l'oeuvre de Sir Arthur. Mais pas seulement. La vie de Sherlock Holmes est complexe et faite de grandes zones d'ombres. Son fidèle biographe et ami, le Docteur Watson, n'a pu tout relater. Différents auteurs se sont alors engouffrés dans ces béances et se sont appropriés le personnage, lui faisant vivre de nouvelles aventures, s'autorisant des hypothèses et des points de vues pour certains très audacieux.

L'un de ces romans apocryphes s'intéresse à la famille de Sherlock Holmes, et plus particulièrement à ses ancêtres. Jusque là, dans les nouvelles de Conan Doyle, on savait que Holmes avait un frère aîné Mycroft (qui apparaît dans deux enquêtes). On savait également qu'il est le descendant par sa grand-mère, du peintre français Vernet. (L'aventure du traducteur grec). Dans son roman, "La grand'mère de Sherlock Holmes", Jean-Jacques Sirkis, va donner sa version des faits et raconter comment le célèbre détective a découvert ses ancêtres français.



Joseph Vernet par Elisabeth Louise Vigée Lebrun
Musée du Louvre




















L'entrée du port de Marseille - 1754
Musée du Louvre

Le roman décrit un Sherlock Holmes ignorant ses origines familiales ; second de la fratrie, sa mère décède en le mettant au monde ; le père disparaît à son tour quelques années après, sans n'avoir jamais rien révélé de son histoire familiale. Selon son frère Mycroft : "(...) si Sherlock se plaît à mettre à jour les secrets d'autrui, c'est parce qu'une chape de plomb est posée sur l'histoire des nôtres.".

Secret de famille ? Le père laisse néanmoins à l'avoué en charge des affaires des deux frères, un médaillon avec le portrait de la grand-mère, sans aucune indication de date et de lieu, juste avec les initiales du miniaturiste. Ce sera le point de départ de l'une des affaires les plus difficiles qu'il ait eu à mener.

Véritable enquête généalogique, le livre est passionnant et offre une vision des recherches généalogiques des plus réjouissante.  Mais au delà de l'histoire, il présente surtout un personnage qui est habité d'une demande, d'une quête personnelle, qu'il avait jusque là enfouie et qui à l'occasion du 35ème anniversaire de la disparition de sa mère, devient une urgence.

La quête de ses origines peut apparaître chez certaines personnes à un moment précis de leur vie, à l'occasion d'un évènement particulier, un anniversaire, une célébration. Elle correspond généralement à un questionnement plus profond, plus personnel. C'est alors une véritable enquête que l'on mène, ayant parfois peu d'éléments au départ. On traque les indices comme autant de clés potentielles qui ouvriront les portes de la connaissance et de la vérité. On remonte chaque piste, on émet des hypothèses, on fait des déductions. On se heurte à des refus, on tente de les contourner. Il arrive que l'on se décourage, mais on abandonne rarement. On apprend la patience et la persévérance. Chaque découverte est une victoire, apportant un nouvel élément qui comme un morceau de puzzle prend place dans une fresque historique.

Armés de nos loupes, les généalogistes que nous sommes, avons en commun avec Sherlock Holmes la quête de la vérité mais également le goût de la légende.
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Bibliographie non exhaustive 

Toute l'oeuvre de Conan Doyle, écrivain également complexe et qui devient un personnage de fiction, notamment dans le terrifiant "La liste des sept" de Mark Frost et dans le non moins inquiétant "Nevermore" de William Hjortsberg.




Romans apocryphes 
Jean-Jacques Sirkis est le premier à établir la généalogie de la famille Holmes. Dans son ouvrage, les histoires se déroulent dans un ordre chronologique et met le détective en présence de Jack l'Eventreur, de Sarah Bernhard, avant de s'interroger sur ses origines.


Dans "La solution à 7%", Holmes va faire la connaissance de Sigmund Freud.Quant à Michael Dibdin, il propose dans l'ultime défi de Sherlock Holmes, une version tout à fait inédite et terrifiante du cas de Jack L'Eventreur.



Spécialiste du détective anglais, Alexis Lecaye poursuit par deux fois ses aventures en le présentant à deux illustres personnes dans " Einstein et Sherlock Holmes" et dans "Marx et Sherlock Holmes"


Ces deux auteurs présentent la particularité de faire voyager Holmes, loin de ses terres européennes, en lui faisant découvrir l'Inde dans "Le mandala de Sherlock Holmes" et le Brésil, en compagnie de Sarah Bernhard dans "Elémentaire ma chère Sarah  (le titre français n'est pas des plus heureux, à mon sens...)




Enfin, mais non pas le moindre, René Réouven offre dans son recueil "Les passe-temps de Sherlock Holmes" de nouvelles aventures à son détective préféré.

Guide
Le très complet (peut être réédité) "Enquête sur Sherlock Holmes" de Bernard Oudin ; mine d'or pour les amateurs.


Site Internet 

Société Sherlock Holmes de France
http://www.sshf.com/

Filmographie

Il existe une filmographie importante, certains films étant des adaptations fidèles des nouvelles de Conan Doyle, d'autres des adaptations beaucoup plus libres, et d'autres encore des scénarii originaux. C'est le cas pour l'un de mes préférés : "La vie privée de Sherlock Holmes" de Billy Wilder avec les très beaux décors d'Alexandre Trauner.





lundi 5 janvier 2015

Une nouvelle année

Nouvelle année , période de vœux et de bonnes résolutions ; l'impression que l'on peut remettre les compteurs à zéro, que ce premier mois de l'année est celui de tous les possibles.

Mais c'est aussi le moment où l'on fait le bilan de l'année passée, on archive, on classe et on se prépare pour les douze mois qui arrivent. Je constate qu'en 2014 j'ai passé plus de temps sur d'autres généalogies que la mienne et c'est une bonne nouvelle : cela confirme mon choix, il y a bientôt 5 ans de faire de la généalogie mon activité professionnelle.

www.memoirevive-genealogie.fr
Grâce aux personnes qui m'ont fait confiance, j'ai découvert de nouveaux territoires, notamment celui de l'ile de la Réunion, avec son histoire contrastée et complexe, où les origines se mêlent au cours du temps. Les recherches ont été prenantes, passionnantes et souvent difficiles. L'envie maintenant est grande d'aller sur place et de confronter ma connaissance virtuelle de l'ile à la réalité.



J'ai de nouveau plongé dans l'histoire de l'Algérie française et de ses familles d'origine espagnole, arrivant des Baléares ou de Gibraltar.

D'autres recherches m'ont menée en Charente, dans le Puy-de-Dôme, en Seine-et-Marne, en Savoie. J'attends avec impatience la mise en ligne des registres d'état civil de Haute-Vienne afin de suivre les pistes soulevées.

D'autres encore m'ont fait découvrir les chemins de l'exil, en me plongeant dans l'histoire de la Hongrie, de la Tchécoslovaquie : j'ai appris qu'on pouvait naitre sous une nationalité, se marier sous une autre, donner vie sous une troisième et décéder sous une quatrième sans jamais avoir quitté son village natal...

J'ai parcouru les fichiers de l'espoir en cherchant dans les registres d'Ellis Island ; j'ai parcouru ceux du désespoir et de la tragédie en consultant ceux de Yad Vashem.

http://teacher.scholastic.com/activities/immigration/tour/

J'ai également eu la chance de retracer une vie en photos, en puisant dans les albums de famille les clichés les plus marquants : du mariage des parents à celui des deux fils : quarante années séparent le premier et le dernier cliché.

J'ai numérisé des centaines de photos pour les sauvegarder et les rendre accessibles au plus grand nombre d'une même famille.

www.memoirevive-genealogie.fr


En cette année de commémoration, j'ai sillonné les champs de bataille de la Grande guerre, à la recherche d'un ancêtre soldat , très souvent mort pour la France, tué à l'ennemi.

J'ai accompagné la découverte de l'histoire familiale au travers des actes d'état civil mais aussi à travers les réseaux sociaux, qui ont permis une prise de contact directe entre les descendants des personnes concernées et des échanges qui permettent aux liens de se tisser.



A chaque fois, pour chaque personne, un peu de leur histoire devient la mienne, pour un moment plus ou moins long.

Le blog a connu des fortunes diverses : moins d'articles publiés que l'année précédente, mais davantage de pages consultées... Le challenge AZ a épuisé tous les sujets que je pouvais avoir en réserve et comme mes recherches personnelles n'ont pas vraiment évoluées... J'espère pouvoir y remédier cette année, peut-être trouver une nouvelle formule, quelque chose de plus régulier, je ne sais pas encore.

Je ne sais pas plus ce que 2015 me réserve et c'est ce qui en fait son charme !  Plein de carnets vierge à remplir de notes de recherches, plein de vies à découvrir ou à redécouvrir . J'aime bien les débuts d'année...

Bonne année à tous ! Meilleurs voeux de recherches et de découvertes, de partage et de transmission, pour une généalogie vivante, passionnée et passionnante !





vendredi 21 novembre 2014

Solution

Parfois la solution se trouve sous nos yeux et on ne la voit pas. Plus exactement, on ne regarde pas où il faut.
Comme je l'expliquais dans mon dernier post, j'étais en attente de réponse à un message envoyé à une personne qui affirmait sur la page de son arbre mis en ligne que Etienne s'appelait en fait Claude et que malgré trois actes aux données contradictoires, il s'agissait bien de la même personne. J'étais en possession des mêmes actes que lui et je ne voyais pas comment il pouvait faire cette affirmation. (Si vous avez manqué quelque chose retrouvez le billet précédent ici). Une autre personne sur le même site reprenait ces mêmes données : contactée par mes soins elle me répondit qu'elle avait recopié sans véritablement vérifier ; elle n'était par conséquent pas à l'origine de ces informations. Je contactai donc sa source et dans l'attente de sa réponse éventuelle, je partageais mon énervement sur mon blog (ça sert aussi à ça...)

Et j'ai reçu la réponse à ma question ; mon correspondant avec une très grande amabilité m'expliqua comment il était parvenu à cette équation : Etienne = Claude. Et là, tel le commissaire Bourrel je m'écriais :  "bon Dieu , mais c'est bien sûr "! Je n'avais pas regardé où il fallait, ou plus exactement je m'étais focalisée sur trois actes ; il me manquait le recul telle une hypermétrope sans lunette...

La pièce manquante, l'élément déclencheur se trouvait dans l'acte de décès du fils d'Etienne, que j'avais également en ma possession. Sur cet acte il était mentionné que le défunt était le fils du dénommé "Claude-Etienne". D'après mon interlocuteur, le dénommé Claude quitta la métropole pour la Réunion pour des raisons qui n'appartenaient qu'à lui et qu'il n'a partagé avec personne. Arrivé sur l'île Bourbon, il prit le prénom d'Etienne et au moment de son mariage annonça qu'il était né à Beaune, ce qui n'était pas la vérité. Simple raccourci géographique ? C'est possible. Il ne faut pas oublier que nous sommes alors en 1822, très loin de la métropole et qu'alors les informations ne sont pas directement vérifiables et sont transmises oralement. Le village dont est originaire toute la famille de Claude-Etienne se trouve à une quarantaine de kilomètres et peut-être a-t-il voulu tout simplement "simplifier" ses origines et que depuis la Réunion, cette distance parait bien dérisoire. Il se fait donc appeler Etienne au quotidien. Mais peut-être avait-il confié à ses proches que son prénom de baptême était Claude et la transmission orale a fait le reste.



Mon interlocuteur - qui est un descendant direct de ce Claude - Etienne, m'a également donné des informations complémentaires, tenant de la légende familiale, arrivée jusqu'à lui. Ce n'est pas vérifiable, mais tellement romanesque !

Ainsi, cet homme aurait été un grognard de Napoléon. On suppose également qu'il aurait été en "délicatesse" avec les autorités et aurait fui sa région natale. Il semble être arrivé sur l'île avec un petit pécule qui lui aurait permis d'acheter de la terre et des esclaves. Enfin, toujours selon la légende familiale parvenue jusqu'à mon correspondant, son épouse, dont le prénom varie en fonction des actes, avait choisi de se faire appeler Clémentine pour se différencier de la maitresse de son mari qui portait le même prénom qu'ellle.

Les informations sur une personne ne sont pas seulement contenues sur les actes d'état civil la concernant directement. Des éléments biographiques se trouvent également dans les actes des personnes qui l'entourent et dans lesquels elle apparaît en temps que ascendant ou descendant, ou encore témoin.

Pour exemple cette semaine, j'ai pu reconstituer le parcours militaire d'un soldat pendant la première guerre, en reconstituant la fratrie de son épouse. Il était le témoin de mariage de sa belle-soeur, et à côté de son nom, il était fait mention de son grade et de son régiment d'origine. Jusque là, je savais qu'il avait été décoré de la croix de guerre, ce qui lui donnait le statut de combattant, mais je n'avais pas pu avoir accès  (pour le moment) au registre de matricules, le département dont il était originaire n'avait pas d'archives en ligne.

Grâce à cette recherche, j'ai également pu apprendre que la mère de son épouse était décédée entre avril 1918 et mars 1919, entre deux mariages de ses enfants, car mentionnée vivante dans l'acte d'avril 1918, elle était déclarée décédée dans celui de mars 19191. Ce qui réduit considérablement le champ des recherches.

Alors, je crois qu'il ne faut jamais hésiter à aller plus loin, prendre du recul pour mieux regarder, faire des recherches annexes pour mieux se recentrer et apporter un nouvel éclairage. La vérité est un puzzle.